Paludisme. En 2018, où en sommes-nous ?

Le 25 avril dernier l’humanité entière célébrait la journée mondiale de lutte contre le paludisme. Mais qu’est-ce que le paludisme ? Comment se manifeste-t-il ? Peut-on en mourir? Comment s’en prémunir ? Éclairage à travers les lignes qui suivent.

Généralités

Maladie tropicale causée par la piqûre de moustique, le paludisme est défini par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme étant une maladie due à des parasites du genre Plasmodium transmis à l’homme par les piqûres de moustiques femelles anophèles infectés. On dénombre 5 types de parasites responsables du paludisme chez l’homme dont les 2 plus dangereux sont le Plasmodium falciparum et le Plasmodium vivax.

Un moustique

La piqûre de moustique donne le paludisme.

Le Plasmodium falciparum, parasite considéré comme le plus répandu sur le continent africain, est responsable de la plupart des cas mortels de paludisme dans le monde. Par contre, le Plasmodium vivax est le parasite prédominant hors d’Afrique. (World Health Organization, article sur le Paludisme, 20 avril 2018).

État des lieux

Selon l’article de l’OMS rédigé en prélude à la journée mondiale de lutte contre le paludisme le 20 avril 2018, le nombre de cas de paludisme était estimé à 216 millions couvrant 91 pays en 2016 soit une augmentation de 5 millions par rapport à 2015. La même année 2016, il y a eu 445000 décès dans le monde. Toujours en 2016, 90 % des cas de paludisme et 91 % des décès dus à la maladie étaient recensés dans la région africaine de l’OMS. La lutte contre le paludisme sur le plan mondial (prévention + élimination) aura nécessité, en cette même année 2016, 2,7 milliards de dollars US dont 31 % sont venus de la part des gouvernements des pays touchés.

Manifestations et causes

Reconnu comme problème de santé publique dans le monde, le paludisme présente divers signes cliniques. Ceux-ci varient de la fièvre aux courbatures, maux de tête (céphalées), toux en passant par les frissons, les troubles digestifs (nausées et vomissements) et la fatigue extrême. Le paludisme peut aussi avoir des complications: l’anémie sévère décompensée, le coma, les convulsions, l’hémolyse (qui donne des urines couleur Coca-Cola) pouvant aboutir à des insuffisances rénales. La complication ultime du paludisme étant le décès.
Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale court le risque de contracter le paludisme. Une bonne partie de cette population à risque se retrouve en Afrique subsaharienne, le reste étant réparti entre l’Asie du Sud-Est, les Amériques et la Méditerranée. Les personnes les plus vulnérables sont les enfants de 0 à 5 ans  (surtout en Afrique noire), les femmes enceintes, les immunodéprimés, les personnes âgées, les migrants non immunisés, les personnes itinérantes et les voyageurs. (World Health Organization, article sur le Paludisme, 20 avril 2018)

Les vecteurs du paludisme sont les moustiques anophèles femelles. L’intensité de cette transmission est facteur du parasite, du vecteur, de l’hôte humain et de l’environnement. Les conditions climatiques, à savoir régime des précipitations, température, humidité, peuvent influencer l’abondance et la survie des moustiques et, par ricochet, la transmission du paludisme. Il arrive aussi que ladite transmission soit saisonnière avec un pic pendant ou juste après la saison des pluies. Selon Dr H. DJIMA, interne au centre hospitalier départemental Borgou-Alibori, le paludisme sévit au Bénin de façon endémique avec des périodes de recrudescence telles la saison pluvieuse actuelle.

Moustique plein de sang

Moustique ayant piqué un homme

Dr Jean-Mannix CODJIA, médecin spécialiste de la santé au travail et environnement, nous rappelle que la durée d‘incubation du parasite est de 2 à 4 jours au minimum. C’est après ce temps que les premiers symptômes se manifestent. Mais, chez les enfants de moins de 5 ans (cible la plus touchée en Afrique noire), ce temps peut être plus court car le paludisme se complique plus vite et devient dangereux. Anémie, convulsions et autres complications s’installent et peuvent rapidement entrainer la mort.

Néanmoins, il existe plusieurs stratégies de lutte contre la maladie.

Moyens de lutte contre le paludisme

Les plus connues des stratégies de lutte contre le paludisme sont la prévention et le traitement.
Au titre des moyens de prévention, nous avons l’assainissement/aménagement de l’environnement de vie et de travail, l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MIILD) et la pulvérisation d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des maisons. Toutefois, la prévention peut aussi se faire à l’aide de médicaments antipaludiques.

L’OMS recommande aussi le traitement préventif intermittent aux femmes enceintes des zones à risque. Ce traitement consiste en la prise de sulfadoxine-pyriméthamine (SP) à chaque visite prénatale programmée après le premier trimestre de grossesse. Pour les nourrissons des régions à risque élevé d’Afrique, il est préconisé la prise de 3 doses de SP en même temps que les vaccinations systématiques.
Mais, diagnostiqué et traité assez tôt, le paludisme est réduit en intensité et en transmission. Le meilleur traitement disponible aujourd’hui est une combinaison thérapeutique à base d’artémisinine (CTA) surtout dans le traitement du paludisme à Plasmodium falciparum simple. Par contre dans le cas de paludisme grave on fait appel à la quinine, l’artésunate ou l’artéméther dixit  Dr. H. DJIMA. Néanmoins, devant tout cas présumé, il est recommandé une confirmation par un diagnostic basé sur la recherche de plasmodies avant tout traitement. Aussi, devant tout soupçon de paludisme chez un enfant de 0 à 5 ans, il faut amener ce dernier dans un centre de santé dès le deuxième jour de fièvre (au plus tard). Dans le cas échéant, l’enfant peut banalement se retrouver avec un paludisme grave anémique ou neurologique (Dr Jean-Mannix CODJIA).

Le Bénin dans la lutte contre le paludisme

Selon l’Annuaire des Statistiques Sanitaires, année 2016 sorti en mars 2017, 13101 cas de paludisme ont été détectés au Bénin en 2016. Aussi, le pays a-t-il inscrit la lutte contre le paludisme au rang des priorités dans le plan national de développement sanitaire. Au nombre des stratégies mises en place, nous pouvons citer:

  • L’accès universel, pour utilisation, aux moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action à travers des campagnes de distribution de masse à toute la population (la dernière édition a eu lieu fin 2017 début 2018)
  • La distribution de routine aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 1 an respectivement lors des CPN et de la vaccination de routine, tout ceci renforcé par une communication de masse et proximité au niveau communautaire.
  • La pulvérisation intra domiciliaire et la lutte anti larvaire dans les zones éligibles.
  • La prévention du paludisme chez les femmes enceintes à travers le traitement préventif intermittent à la sulfadoxine-pyriméthamine.
  • L’accès précoce et correct au diagnostic et au traitement des cas de paludisme à tous les niveaux de la pyramide sanitaire.
  • La gratuité de la prise en charge des cas de paludisme chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes.

En dehors de tout ce que la médecine moderne offre pour le traitement du paludisme au Bénin, la médecine traditionnelle aussi joue un rôle prépondérant dans la prise en charge de la maladie. En ce sens, nous pouvons citer par exemple, Api-Palu de Valentin AGON, antipaludique à base de plantes médicinales mis au point au Bénin, vendu en pharmacie et dans les boutiques spécialisées et distingué sur le plan international par plusieurs récompenses.

Complications

Nonobstant tous ces efforts, des formes de résistance aux insecticides ainsi qu’aux antipaludiques sont parfois observées.
Dans le 1er cas, l’OMS préconise l’alternance entre différentes classes d’insecticides pour la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent afin d’éviter toute résistance. Aussi, la mise au point de nouveaux insecticides prometteurs pour la pulvérisation à l’intérieur des maisons et pour l’imprégnation des moustiquaires est en cours.
Concernant la résistance aux antipaludiques, l’OMS préconise une surveillance systématique de la résistance à ces médicaments et apporte son aide aux pays concernés en vue de renforcer leurs efforts dans cet important domaine. En plus, ces derniers doivent assurer une surveillance efficace à chaque étape de la lutte contre le paludisme. Cette surveillance suppose le suivi de la maladie et les réponses programmatiques qui y sont apportées puis la prise de mesures sur la base des données reçues. La stratégie technique mondiale de lutte contre le paludisme 2016-2030 recommande aux pays de faire de la surveillance une intervention essentielle.

Innovations

Actuellement, un vaccin injectable (Mosquirix ™ ou RTS, S/AS01 ou RTS, S) conférant au jeune enfant une protection partielle contre le paludisme est en cours d’évaluation en Afrique subsaharienne (Ghana, Kenya et Malawi). Si son innocuité et son efficacité sont jugés acceptables, il sera le premier vaccin antipaludique dans le monde et sera utilisé en tant qu’outil complémentaire de la lutte susceptible d’être ajouté (et pas de remplacer) à l’ensemble de base des mesures de prévention, diagnostic et traitement recommandé par l’OMS.
Il est à noter aussi que les pays ayant pu obtenir durant 3 années consécutives 0 cas local de paludisme remplissent les conditions requises pour demander à l’OMS la certification de l’élimination du paludisme. Le cadre OMS d’élimination du paludisme donne un ensemble détaillé d’outils et de stratégies pour atteindre et maintenir l’élimination.
7 pays ont dernièrement reçu la certification de l’élimination du paludisme. Ce sont: les Émirats arabes unis en 2007, le Maroc et le Turkménistan en 2010, l’Arménie en 2011, les Maldives en 2015, le Sri Lanka et le Kirghizistan en 2016.
Dans nos contrées d’Afrique subsaharienne, le paludisme est évitable à moindre coût et sans risque aucun. Il suffit juste de suivre quelques règles pour s’en prémunir, se protéger et sauver son entourage. ..

Astuces

Les moyens de prévention et de lutte contre le paludisme sont à la portée de tous. De façon pratique, surtout en ces périodes de fortes pluies, il s’agit de:

  • l’assainissement et aménagement des locaux, environnement de vie et de travail (enfouissement des déchets ménagers dans le sol ou abonnement à la pré collecte),
  • l’utilisation des moustiquaires imprégnés à longue durée,
  • la pulvérisation des maisons avec les insecticidevie,
  • l’utilisation des crèmes anti-moustiques,
  • le traitement intermittent préventif chez la femme enceinte,
  • la protection des portes et fenêtres des maisons par des grillages,
  • l’assainissement du cadre de vie,
  • la destruction des eaux usées stagnantes (dans les boîtes de conserve et les pneus),
  • la couverture et la vidange régulière des fosses septiques et puisards,
    la couverture des puits,
  • l’utilisation des insecticides au besoin pour la désinsectisation des locaux,
  • le port d’habits longs couvrant les parties externes du corps des piqures de moustiques, etc.

L’humanité entière reconnaît qu’il est mieux de prévenir que guérir (adage populaire). Dans le cas du paludisme, la mise en application des astuces ci-dessus partout dans le monde pourrait aider à mieux combattre la maladie afin de réduire les dépenses en soins curatifs. Cela aiderait aussi les pays à faire des économies.

Encadré

Élimination = interruption de la transmission locale d’une espèce de Plasmodium bien spécifiée dans une zone géographique définie suite à des efforts délibérés. Des mesures continuelles sont alors requises pour empêcher le rétablissement de la transmission. La certification de cette élimination dans un pays suppose que la transmission locale a été interrompue pour toutes les espèces de Plasmodium parasitant l’être humain.
Éradication = réduction permanente à zéro de l’indice mondial de l’infection causée par les parasites du paludisme à la suite d’activités délibérées. Plus besoin d’intervention donc une fois l’éradication obtenue.

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